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Raoul DAVENAC, Laurence NARDONLe programme spatial iranienActuelles de l’Ifri, mars 2009
Le 4 février 2009, le lancement d’un satellite iranien par une fusée iranienne a fait de l’Iran le dixième pays au monde et le premier pays musulman capable de lancer ses propres satellites[1]. Le lancement est intervenu le jour du trentième anniversaire de la révolution islamique, ce qui indique que le gouvernement iranien replace l’activité spatiale au cœur de sa stratégie politique et en fait un élément de fierté nationale. Il est certain que ce récent succès pourrait avoir un impact sur les équilibres géostratégiques du Moyen-Orient, où seul Israël possède également des moyens d’accès indépendants à l’espace.Malgré les affirmations de l’Iran quant au rôle uniquement pacifique de sa politique spatiale, les puissances occidentales voient dans les récentes annonces une volonté de développer des capacités militaires, et en particulier balistiques, en raison de la dualité des technologies spatiales. Le chef d’état-major interarmées adjoint américain, le général James Cartwright, a ainsi jugé ” inquiétant ” le lancement d’un satellite, notant que les technologies utilisées étaient ” compatibles avec celles d’un missile de type balistique “[2].Il n’en reste pas moins vrai que l’Iran développe son programme spatial pour apporter à sa population des services liés aux applications et pour sortir de son isolement international. A l’instar des autres puissances spatiales avant lui, l’Iran utilise aussi ses récents succès dans l’espace comme outil de communication, aussi bien à l’intérieur de ses frontières qu’à l’extérieur. Au moment où une nouvelle tentative de normalisation des relations diplomatiques entre les Etats-Unis et l’Iran se dessine, il n’est pas inutile de faire un point sur les motivations et sur l’état d’avancement du programme spatial iranien.L’effort spatial iranien avant et après la RévolutionL’Iran a très tôt marqué de l’intérêt pour les techniques spatiales et fait partie des premiers pays à adhérer en 1959 au Comité des Nations-Unies pour l’Utilisation Pacifique de l’Espace Extra-Atmosphérique (COPUOS). Cette adhésion est suivie par la signature de quatre et la ratification de deux des cinq traités des Nations-Unies sur l’Espace[3].Le lancement en 1972 du satellite Landsat-1 par les Etats-Unis incite l’Iran à se doter d’une station de réception de données spatiales à Mahdasht à 65km de Téhéran. Il permet aujourd’hui de recevoir, traiter et distribuer des images indiennes (satellites IRS-1 et IRS-2) et iraniennes (Sina-1) pour le suivi des catastrophes naturelles, de la pollution dans les zones urbaines et de l’environnement en Mer Caspienne et dans le Golfe Persique[4].Après le long silence qui a suivi la révolution islamiste de 1979, l’Iran affiche de nouveau des ambitions dans le domaine spatial à partir de 1997, en présentant des projets de lanceurs, de satellites d’observation de la Terre et de télécommunications. La création de l’Agence Spatiale Iranienne en 2004 va dynamiser ces efforts, en regroupant sous une même responsabilité l’ensemble des technologies et applications spatiales pacifiques. Les décisions politiques en matière de programmes sont prises par le Conseil Spatial Iranien, créé en février 2005[5].Dans son plan national sur 5 ans (2005-2010), l’Iran a alloué 422M$ au développement de la technologie et de la science spatiales[6]. L’Agence Spatiale Iranienne, dirigée par Mr Ahmad Talebzadeh, qui est aussi vice-ministre de la Technologie de l’Information et des Télécommunications, a reçu pour principaux objectifs les télécommunications et la réponse nationale aux catastrophes naturelles. Aucun objectif militaire n’est affiché.En termes de communication, les succès spatiaux servent à faire oublier à la population iranienne l’ampleur des difficultés économiques et sociales. A l’extérieur, ils constituent un message de puissance qui semble destiné à la fois à l’Occident et au monde musulman. Ainsi, le site internet de l’agence spatiale iranienne, rédigé en farsi, propose une version en anglais et en arabe[7].Des coopérations internationalesLe domaine spatial constitue pour l’Iran un outil diplomatique via les Nations-Unies, où les officiels affichent une volonté de développement des moyens d’étude de l’environnement. Au niveau régional, l’Iran profite également du Programme régional pour les applications des technologies spatiales (RESAP) sous la responsabilité de la Commission économique et sociale Asie-Pacifique des Nations-Unies (ESCAP)[8].Contrairement à la tradition, les capitales occidentales n’ont pas envoyé de télégramme de félicitation à Téhéran lors des récents lancements. En revanche, l’effort spatial iranien a le soutien de la Chine. Ainsi, un partenariat est affiché par le biais de l’Organisation de Coopération Spatiale Asie-Pacifique (APSCO) menée par la Chine, à laquelle participent le Bengladesh, l’Indonésie, l’Iran, la Mongolie, le Pakistan, le Pérou, la Thaïlande et la Turquie. D’après l’Iran, ce partenariat aurait permis d’associer la Chine, l’Iran et la Thaïlande pour la mission de surveillance des catastrophes naturelles par les satellites Huan Jing 1-A et 1-B (” Environnement “) lancés en septembre 2008[9].Dans le domaine des télécommunications, l’Iran participe aux organisations internationales Intelsat (International Telecommunication Satellite Organization) et Inmarsat (International Maritime Satellite Organization) dont la première station a été installée en Iran en 1991. Fin 2008, l’Iran a également demandé à adhérer au système international de recherche et de sauvetage COSPAS-SARSAT[10].Les réalisations nationalesLe premier satellite iranien Sina-1, lancé depuis la Russie en 2005 est de technologie russe. Il est positionné sur orbite héliosynchrone de période 98.4′ et de masse 160kg. Il permet l’observation de la Terre pour les catastrophes naturelles et l’agriculture avec une résolution de 50m pour une fauchée de 50km en panchromatique, et de 250m pour 500km en multi-spectral[11].Le 4 février 2008, le Centre Spatial Iranien est inauguré et la fusée à deux étages Kavoshgar-1 (” Exploratrice “) est lancée. La réussite des deux lancements suivants est plus discutée : en août 2008, la fusée Safir-1 (” Ambassadeur “) aurait lancé une maquette du satellite Omid (” Espoir “) et, en novembre 2008, le lancement de la fusée Kavoshgar-2 aurait permis le test d’une sonde effectuant et transmettant des photographies lors de sa rentrée dans l’atmosphère[12].Le 2 février 2009, la fusée Safir-2 met en orbite basse le premier satellite iranien Omid, un cube de 40cm de côté et de 27kg de masse avec un périgée de 245km, un apogée de 381km et une période de 90.7′. Ce projet inclut le développement d’une station de commande et contrôle et d’algorithmes de poursuite en particulier grâce à un récepteur GPS de type commercial embarqué à bord du satellite[13].L’Agence Spatiale Iranienne annonce pour les années à venir le lancement des fusées Kavoshgar-3 et Kavoshgar-4 avec des animaux à bord et la construction de quatre satellites de moins de 100kg pour une orbite basse et de trois satellites pour une orbite haute[14]. Les premiers comprennent le projet de micro-satellites de télécommunications Mesbah (” Lanterne “), débuté en 1997, dont le lancement sur une orbite à 900 km pourrait avoir lieu en 2009. Les seconds désignent sans doute le projet de satellites de télécommunication Zohreh, un projet russo-iranien signé en 2005, mais qui semble trainer en longueur[15]. En plus du segment spatial, des segments sol sont développés pour les télécommunications et l’acquisition de données (Boomhen, Asadabad, Isfahan)[16].Bien que l’Iran présente ses réalisations comme nationales, ses fusées sont dérivées du lanceur nord-coréen Taepo Dong 1 comprenant un premier étage Shahab-3M équivalent au missile nord-coréen No Dong et un second étage dérivé d’un missile russe Scud et vraisemblablement équipé de moteurs chinois[17]. Quant à ses technologies satellitaires, on peut noter en plus de l’implication russe, celle de la société italienne, Carlo Gavazzi Space S.p.A., dans le développement du satellite Mesbah[18].Le risque balistiqueMalgré les divers embargos instaurés contre la République islamiste depuis trente ans, on ne peut donc que constater un transfert majeur de technologies nord-coréennes, russes et chinoises. Reste à savoir quels progrès pourrait faire l’Iran ces prochaines années dans le domaine spatial et en particulier ce que pourraient acquérir les lanceurs iraniens en matière de puissance et de précision. Compte tenu de la grande similarité entre technologies lanceurs et balistiques et de la probable porosité entre les deux filières, les observateurs occidentaux s’inquiètent des développements iraniens en matière spatiale. Les missiles iraniens actuellement opérationnels (Shahab 1, 2 et 3) ont une portée comprise entre 300 et 1200km et leurs technologies ont été utilisées au moins en partie pour mettre au point les fusées Kavoshgar et Safir. Des progrès en matière de fusées civiles et une synergie entre les deux filières pourraient entraîner désormais un accroissement de la portée des missiles iraniens[19].L’Iran n’a pas signé le ” Code de conduite de la Haye contre la prolifération des missiles balistiques ” de 2002 et n’est pas membre du Régime de contrôle des technologies missiles (MTCR). Il est donc soumis à des entraves juridiques limitées en matière de prolifération balistique. On voit que les controverses de ces dernières années sur le possible développement d’une filière nucléaire militaire iranienne à partir de la filière civile pourraient trouver dans l’avenir un écho dans le domaine des missiles balistiques[20].Du côté iranien, Ahmad Vahidi, vice-ministre de la Défense, déclare : ” Notre programme spatial est juste un lien dans la chaîne du développement national “[21]. Parviz Tarikhi, directeur du Département de Télédétection à la Station de Réception de Satellites de Mahdasht rappelle également : ” Les applications des technologies spatiales peuvent être orientées à la fois pour des usages civils et militaires. C’est à nous d’opérer un choix et chacune de ces deux [orientations] pave le chemin ou place des limites et des obstacles à l’autre utilisation ou orientation possible. […] Il est plus que sage d’utiliser, tant au niveau national que mondial, ces possibilités aussi merveilleuses pour le bénéfice et le bien-être de l’humanité – et pour son développement durable “[22].Il reste bien difficile d’évaluer les intentions réelles de l’Iran en matière spatiale et balistique. En effet, les seules sources disponibles sont soit iraniennes soit des analyses faites à l’étranger à partir de documents iraniens. Les observateurs occidentaux sont bien souvent victimes de leurs préconceptions politiques lorsqu’ils se prononcent sur la question. Seuls des échanges avec l’Iran, comme il en existe déjà au COPUOS autour des usages pacifiques de l’espace, peuvent permettre d’améliorer la compréhension de la politique spatiale de ce pays. Bien qu’un tel sujet reste difficile en Occident, il pourrait bénéficier de l’ouverture politique qui semble se profiler actuellement.
[1] Jonathan’s Space Report, n°606, 16 février 2009.
[2] Washington, AFP, 10 février 2009.
[3] http://www.unoosa.org
[4] Iran Earth Observation Systems, http://www.globalsecurity.org
[5] Jenny Shin, A Chronology of Iran’s Space Activities, Center for Defense Information, 2009.
[6] Parviz Tarikhi, ” Iran’s Ambitions in Space “, Position Magazine, 06/2008.
[7] http://isa.ir/index.php
[8] ” Islamic Republic of Iran Inventory 2006 “, ESCAP, 2006.
[9] Chris Bergin, ” Delta 2 Launches with GeoEye 1 “, Nasa.spaceflight.com, 6 septembre 2008.
[10] http://www.irantelecom.ir/eng.asp
[11] Parviz Tarikhi, op. cit.
[12] ” Scientist Outlines Features, Purpose of Iranian Space Satellite “, BBC Monitoring Middle East, février 2009.
[13] ” OMID Satellite Launch Report “, Iranian Space Agency, COPUOS, 2009.
[14] Téhéran, Ria Novosti, 3 février 2009.
[15] Jenny Shin, op. cit.
[16] Parviz Tarikhi, op. cit.
[17] Charles P. Vick, ” Iran’s up-coming first satellite launch attempt & Kashvogar sounding rocket & the first satellite launch vehicle Safire “, 25 mars, 12 avril 2008, Globalsecurity.org.
[18] L. Zucconi, ” The MESBAH project “, Carlo Gavazzi Space S.p.A.
[19] Geoffrey Forden, ” Smoke and mirrors, analysing the Iranian missile test “, Jane’s Intelligence Review, Issue 49, avril 2008.
[20] Peter J Brown, ” Iran’s new satellite challenges China “, Asia Times, février 2009.
[21] Téhéran, Agence Xinhua, 18 février 2009.
[22] Parviz Tarikhi, op. cit.
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